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Au sujet de la honte

Au sujet de la honte

Honte et évidence

La honte est liée à la vue, elle est un sentiment scopique. Celui qui regarde à la dérobée, qui scrute, comme les vieillards Suzanne au bain, est honteux. Honte d’abord dissimulée, bientôt honte pleine si ce regard est lui-même surpris par un autre regard. D’où le regard baissé de celui qui est surpris dans l’évidence de sa sexualité.

La honte a un rapport certain à l’évidence. Et, plus précisément, à l’évidence de la sexualité. Évidence de la sexualité qui s’accompagne de honte. C’est la honte de l’homme nu, dont le sexe est donné à voir.

L’évidence (e-videre) est ce qui se voit, manifestement, extérieurement, comme objet pour tous. Donc dans sa signifiance.

Celui qui crée pose son œuvre, l’offre à la vue de tous : en tant que création elle est d’abord signification (interprétation) à partir de la création déjà là (les autres œuvres, la Création divine) ; mais pour les autres, elle est d’abord signifiance, objet signifiant offert à la lecture. L’œuvre n’est donc, quand elle apparaît comme signifiance pure, sans encore de signification (pour soi, puis pour tout autre), quand elle appelle seulement à ce qu’on lui reconnaisse vérité, qu’une position objective, une évidence. Avec le risque qu’elle ne soit que ce qui est à l’origine de l’œuvre, de toute œuvre, qu’elle ne soit que la basse œuvre, manifestation sexuelle immédiate, pulsion, dans sa réalité brute, non sublimée, sans la position du désir présente dans l’œuvre accomplie. D’où la honte.

Honte et connaissance

Si l’œuvre dans son surgissement est toujours sujet de honte, si aborder l’œuvre est approcher le bord d’une consistance nouvelle, nouvelle forme de l’autre et surtout de la chose, le bord atteint est encore plus d’abord celui de l’objet. Dont on ne sait jamais dans le tout d’abord s’il n’est pas, moment d’angoisse, simplement sexe. Car ce qu’on sait, assurément, ce temps-là dans son moment critique est passé, c’est qu’il y aura de la pulsion et son angoisse, qu’il y aura du fantasme avec sa culpabilité, mais ce qu’on ignorait encore et qui se manifeste alors, c’est le sexuel lui-même, dans sa consistance objective, dans sa présence sensible, dont on ne connaît le destin. Moment donc de la honte. Moment de l’abord du bord dur dont on fait la connaissance. Connaissance qui peut n’être que connaissance sexuelle, comme qui connut bibliquement. Mais connaissance qui peut aussi plus heureusement être connaissance de l’objet comme autre chose, comme un autre abord de la chose. Comme objet pur du langage, objet sublimé. Objet de la connaissance comme le savoir est celui du sujet.

L’œuvre est donc dans son abord premier objet de honte. Objet à connaître et à reconnaître. Qui est l’enjeu de la honte. Quand le Christ est présenté à Pilate (c’était le point du jour), l’enjeu de leur conversation est la connaissance : connaissance dans la perspective du jugement. Pilate veut savoir qui est Jésus, s’il est le Roi des Juifs, et conclut par une double négation : il ne voit pas de mal en lui. De même que la honte d’Adam vient d’avoir mangé de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Connaissance qui vise le jugement. Et qui est d’abord connaissance de l’évidence de la sexualité. Honte éprouvée devant elle, parce qu’elle se donne à voir.

Honte et demande

Demander, demander d’une vraie demande est toujours un peu honteux. Écartons d’emblée ici la demande ordinaire, la demande qui est expression du besoin1, demande pressante, immédiate, demande sans délai, symptôme en de-ça de la métaphore. Besoin qui est altération sans altérité. Dans cette dernière demande, ce qui manque est déjà reconnu, déjà identifié, déjà trouvé comme part de soi, comme identité à soi-même. La demande de cette sorte, qui est position du besoin, est exigence. Car l’exigence est l’expression de ce qui est demandé immédiatement pour se reconstituer soi-même, pour recouvrer son identité menacée, en train de se perdre. Lorsqu’on dit que pour tel poste à pourvoir tel diplôme est exigé, ce qu’on veut dire, c’est que le poste demande, impérativement, ce diplôme pour que le candidat, en dehors et avant même de considérer ce qu’il pourrait apporter en plus (c’est l’autre de ce qui pourra ensuite être désiré par l’employeur), soit conforme à l’identité déjà anticipée du profil attendu. Nous évoquerons donc ici la demande, non comme exigence, position du besoin, mais comme position du désir. Et nous poserons que si l’exigence est sans honte, la demande, elle, l’est toujours en quelque façon.

Car si le désir est désir de l’autre, tour et existence vers l’autre, le désirant étant déjà l’autre, déjà altération par l’autre, affecté de l’autre, la position de ce désir est la projection risquée de la présentation à l’autre comme autre, comme immédiate présentation à l’autre, avec toujours en suspens le risque du rejet, de la dénonciation, de la démystification dévoilante de qui se serait trompé d’autre, se serait trompé d’adresse. Car toute demande comporte une adresse. Elle est lettre adressée, lettre où se formule une adresse. Cette formule étant justement la position du désir, comme postulat, demande. Et, tandis que l’exigence est appel insistant depuis soi, depuis un principe interne, appel à être nommé et reconnu par son nom, son propre nom, exigence de ce que le nom dit et pose depuis soi, dans sa clôture, exigence de la chose, essentiellement, de la chose dans sa dimension psychotique, d’identité de chose en soi, la demande elle est, comme en mathématique, postulat, demande d’autre chose, demande d’identité à partir d’autre chose, demande indémontrable, injustifiable a priori, demande d’autre chose dans l’identité et pour l’identité de la chose, demande depuis l’autre, demande qui est essentiellement existentielle, demande de la relation identitaire à l’autre.

Honte et péché

Mais cette demande, comme position du désir, si elle peut certes être désir pur, désir de l’autre vrai, en tant que soi-même autre vrai, demande de l’autre vers l’autre, elle peut aussi, à cause de la finitude, verser dans le péché2. C’est la sale demande de qui s’adresse au mauvais autre, à l’idole. Appel à jouir immédiatement. Demande qui est est tour vers le faux dieu. Demande de protection, contre l’exposition existentielle à l’autre vrai, qui, lui, appelle à la découverte de soi, dans la honte heureuse. La mauvaise demande est donc demande honteuse, d’une mauvaise honte, péché de qui demande à ne pas être vu dans sa basse œuvre. Demande à l’abri des regards, demande de ne plus entendre la demande.

Honte et foi

D’où le rapport de la honte à la foi.

Car la honte s’éprouve de poser son désir, et de se maintenir dans la formulation de la demande, malgré la finitude et l’ignorance qui d’abord en marque le fonds. Foi. C’est-à-dire œuvrer dans le silence risqué de l’acte autonome, où ce qui s’y dévoile est d’abord le fonds honteux du mauvais désir et de la chute première. Honte parce que ce qui s’écrit est toujours rature de la rature première, dé-scription d’une première scripture, qui est péché, inscription du réel dans le réel.

Paradoxe de la foi avec la honte, où, à mesure que la foi est objectivation (et altération) la honte est sujétion, assujettissement, humiliation, abaissement vers l’humus, la glèbe où fleure le réel de sa fabrication.

Honte et rédemption

Remarquons que la demande est toujours au fond demande de pardon. Pardonnez-moi ! est la formule qui se formule dans toutes les formules de demandes qui s’adressent à l’autre. Qu’adresserions-nous d’autre ? La rédemption est l’objet de toute demande et fait le fonds de toute honte. À l’instar d’Adam, qui fut rédimé après qu’il avait commis le péché (il n’en mourut pas). La honte est l’affection de qui a vu ce qu’il ne devait pas voir. Et qui, à cause de cela, demande pardon.

1Besoin : immédiateté/désir.

2Péché : désir/finitude.

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